Afreximbank soutient que Fitch Ratings n'a pas tenu compte de cette distinction essentielle, produisant une évaluation que la banque considère comme une représentation injuste deAfreximbank soutient que Fitch Ratings n'a pas tenu compte de cette distinction essentielle, produisant une évaluation que la banque considère comme une représentation injuste de

Pourquoi la rupture d'Afreximbank avec Fitch Ratings révèle une fracture plus profonde

2026/02/13 16:29
Temps de lecture : 6 min
  • Afreximbank soutient que Fitch Ratings n'a pas pris en compte cette distinction critique, produisant une évaluation que la banque considère comme une fausse représentation injuste de sa véritable position de crédit.

Dans une déclaration publique récente, la Banque africaine d'import-export (Afreximbank) a annoncé qu'elle mettrait fin à sa relation de notation de crédit avec Fitch Ratings. La justification de cette décision était particulièrement frappante. La banque a attribué cette décision à sa « ferme conviction que l'exercice de notation de crédit ne reflète plus une bonne compréhension de l'Accord d'établissement de la Banque, de sa mission ou de son mandat ».

Elle a en outre souligné que son profil commercial reste « robuste, soutenu par de solides relations avec les actionnaires et les protections juridiques intégrées dans son Accord d'établissement », qui est un traité signé et ratifié par ses États membres.

Au cœur de ce désaccord se trouve un débat de longue date : les agences de notation devraient-elles appliquer une méthodologie unique et rigide à toutes les banques, ou leur approche devrait-elle être adaptée à la nature spécifique de l'institution ? Plus précisément, une banque commerciale devrait-elle être évaluée en utilisant exactement le même cadre qu'une banque multilatérale de développement (BMD) ? Afreximbank soutient que Fitch Ratings n'a pas pris en compte cette distinction critique, produisant une évaluation que la banque considère comme une fausse représentation injuste de sa véritable position de crédit.

Méthodologie de Fitch Ratings

La méthodologie de Fitch, telle que décrite dans ses « Critères de notation bancaire », emploie un cadre en deux parties pour les banques commerciales et les BMD. Le premier est un modèle quantitatif de base (CQM), une formule standardisée calculant une « notation de viabilité » basée sur des indicateurs financiers tels que la qualité des actifs et l'adéquation des fonds propres. Cela sert d'ancrage initial.

Le deuxième composant est le cadre de « notation de soutien », où le soutien externe est évalué. Ici, théoriquement, la distinction est faite : pour les BMD comme Afreximbank, le soutien est évalué comme l'engagement collectif et contractuel de ses États membres en vertu de son Accord d'établissement, qui est considéré comme extrêmement fort et fiable. Pour les BMD de haute qualité, Fitch utilise souvent une approche de « substitution de crédit », ancrant la notation de la BMD à la solvabilité de ses actionnaires les plus solides.

La rupture décisive s'est produite le 28 janvier 2026, lorsque Fitch a dégradé Afreximbank à « BB+ » contre « BBB- » et a ensuite retiré toutes les notations. Cette action a poussé la notation de défaut à long terme de l'émetteur de la banque en territoire non-investment grade (« junk »).

Afreximbank a répondu de manière décisive en mettant fin à la relation, déclarant qu'elle considérait la méthodologie de l'agence comme défaillante, préjudiciable à sa mission et révélatrice d'un biais plus large contre les institutions financières africaines.

Lire aussi : L'unité de l'UA affirme que la dégradation d'Afreximbank par Fitch Ratings « n'est pas basée sur la réalité »

Afreximbank a-t-elle mal compris le cadre et réagi de manière excessive ?

Cette confrontation impose un examen critique des tensions durables dans la finance mondiale : les méthodologies des agences de notation internationales sont-elles intrinsèquement biaisées contre les institutions africaines ? Ou Afreximbank a-t-elle mal compris le cadre et réagi de manière excessive ? En fin de compte, la question centrale concerne l'impact réel : quelles seront les conséquences de ce différend pour la banque, l'architecture financière du continent et la crédibilité des normes de notation mondiales ?

Afreximbank est-elle un cas isolé ? Catégoriquement, non. Un sentiment de longue date et répandu à travers l'Afrique soutient que les méthodologies des « Trois Grandes » agences de notation (Fitch, Moody's et S&P) sont systématiquement biaisées, ne tiennent pas compte des contextes régionaux uniques et produisent des notations injustement punitives. Les agences offrent de solides contre-arguments, créant un classique « dialogue de sourds ».

Le Ghana a régulièrement contesté les dégradations. En 2022, après une série de dégradations au statut « junk », son gouvernement a suspendu l'engagement formel avec les trois principales agences, les accusant d'actions pro-cycliques qui ont aggravé sa crise de la dette. Notamment, la justification de Fitch pour la récente dégradation d'Afreximbank était ancrée dans la restructuration de la dette du Ghana en 2023, appliquant un principe qui lie le risque d'une BMD à ses États membres.

Campagne condamnant les notations de crédit internationales pour les nations africaines

Le Kenya, le Rwanda, le Nigeria et l'Afrique du Sud ont tous formellement fait appel des décisions de notation. Parmi les critiques les plus virulents se trouve la Banque africaine de développement (BAD), dont l'ancien président, Akinwumi Adesina, a mené une campagne très médiatisée condamnant les notations de crédit internationales pour les nations africaines comme « arbitraires, biaisées et subjectives ».

Ce débat offre des leçons critiques. Un problème substantiel a été identifié : l'écart persistant entre les évaluations des agences et les réalités des clients, exacerbé par une rupture de communication. Il ne s'agit pas d'un incident isolé mais d'un défi à l'échelle du continent.

La voie à suivre exige une action concrète. Les parties prenantes doivent collaborer pour construire un système garantissant à la fois l'équité et une évaluation des risques crédible. Cette rupture expose une architecture mondiale qui ne parvient pas à intégrer adéquatement les perspectives des marchés émergents.

Cette friction doit maintenant catalyser un véritable dialogue, conduisant à des méthodologies mutuellement acceptées. De plus, l'action collective est essentielle. Par le biais de l'Union africaine ou d'autres plateformes panafricaines, un bloc unifié devrait négocier pour des critères adaptés et divulgués publiquement pour les BMD africaines et les États souverains à gouvernance forte, exigeant de la clarté sur la façon dont les facteurs qualitatifs sont notés.

 Le Dr Macharia Kihuro (PhD) est un expert en financement du développement avec une vaste expérience en Afrique subsaharienne.

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